Les multiples reconnaissances des qualités paysagères

Certains éléments particuliers, ou certaines parties du Parc du Ry-Ponet ont été identifiés comme remarquables et ont parfois bénéficié d’un statut de protection particulier. Nous dressons ici la liste de ces reconnaissances par ordre chronologique.

1945 : Classement comme site

Par arrêté du 11/06/1945, la chapelle Sainte-Anne, avec les tilleuls qui l’entourent, a été classée comme site. Si la notice figurant à l’Inventaire du patrimoine immobilier culturel [1] évoque plutôt la chapelle et les tilleuls, dans son rapport du 18/04/1944, la Commission Royale des Monuments et Sites motive davantage ce classement par la localisation de ce site que par sa qualité intrinsèque : « Dans Chênée, aucun arbre ne présente un caractère remarquable sinon les 5 tilleuls placés près d’une petite chapelle contre la ferme de Bouharmont. Ces tilleuls sont remarquables et par leur grandeur et par leur âge et par leur position. Ils entourent une petite chapelle sans caractère. De leur enceinte, on jouit d’une vue magnifique sur la vallée de la Vesdre à Chênée, sur l’ouverture de la vallée de l’Ourthe vers Sauheid, et au loin sur les collines de la Meuse en l’assiette de Liège. […] De tous les points des vallées de la Vesdre et de l’Ourthe à Angleur et Chênée on les voit se dresser dominant la contrée. ». C’était bien là, selon nous, une première reconnaissance de la qualité paysagère du Parc du Ry-Ponet.

1961 : Inventaire du Survey

En 1961 est publié l’Inventaire des sites de la Province de Liège [2]. Cet ouvrage, réalisé par l’Administration de l’Urbanisme et de l’Aménagement du Territoire et le Service Survey National pour la partie cartographie, a pour objectif de réaliser un « inventaire systématique des sites et paysages à préserver »[3] qu’ils aient un intérêt scientifique, esthétique ou culturel. Est repris à l’inventaire, dans la commune de Beyne-Heusay : « 1. Le site classé formé par cinq tilleuls entourant la chapelle Ste Anne, d’où l’on découvre des vues étendues vers l’agglomération liégeoise » (intérêt esthétique)”.

1987 : Périmètres de protection du plan de secteur

Adopté en 1987, le plan de secteur de la région liégeoise fait figurer un périmètre d’intérêt paysager (appelée « Zone d’Intérêt Paysager » sous l’ancien CWATUP) de 53,4 hectares s’étendant sur les espaces agricoles (de couleur jaune) situés à l’Ouest et au Sud du Bois-de-Beyne. Sur le plan, il est représenté par une zone hachurée noir (Périmètre d’Intérêt Paysager) sur fond jaune (zone agricole).

A l’époque de l’élaboration du Plan de secteur, seules les zones non constructibles pouvaient accueillir une telle « surimpression ».

Selon le Code de Développement Territorial (CoDT, art. R.II.21-7), un « périmètre d’intérêt paysager vise à la protection, à la gestion ou à l’aménagement du paysage. Les actes et travaux soumis à permis peuvent y être autorisés pour autant qu’ils contribuent à la protection, à la gestion ou à l’aménagement du paysage bâti ou non bâti. »

Pourquoi cette zone est-elle ainsi limitée ? La limite la plus à l’est de la zone correspond à un superbe sentier menant de la rue Pireux à la rue du Bois de Beyne. A gauche sur la carte, un périmètre d’intérêt paysager, à droite, rien du tout. Et pourtant, les mêmes qualités de part et d’autre de cette limite. Pourquoi donc cette différence de traitement ? Parce que cette limite est une limite communale (en pointillé noir sur la carte) : à gauche Chaudfontaine et à droite Fléron. Il n’est pas improbable que ce Périmètre ait été inscrit au plan de secteur à la demande de la commune qui compte des superficies importantes pour ces périmètres sur son territoire. Il serait alors compréhensible que le site classé de la Chapelle Sainte-Anne et de ses tilleuls, situé en zone naturelle au plan de secteur mais localisé sur la commune de Beyne-Heusay, n’ait pas été intégré à ce périmètre.

Outre les Périmètres d’Intérêt Paysager, notons que le Code de Développement Territorial (CoDT) prévoit que le plan de secteur puisse comporter en surimpression des périmètres de protection de point de vue remarquable [4]. Aucun périmètre de ce type n’existe encore à ce jour dans les plans de secteur.

Et pourtant, une grande quantité de ces points de vue remarquables et une extension de ce périmètre d’intérêt paysager avaient été recommandés via l’inventaire ADESA. On vous l’explique…

2004 : Inventaire ADESA

« Les Périmètres d’Intérêt Paysager du plan de secteur (PIP PdS) n’ont pas toujours été déterminés selon une logique d’esthétique paysagère. Afin de remédier à cela, le Gouvernement wallon a chargé en 1995 l’asbl ADESA d’établir l’inventaire des PIP pour l’ensemble du territoire wallon. Cet inventaire était destiné à déterminer les périmètres pertinents à inscrire aux plans de secteur lors de leur révision (à l’époque, il était question d’une révision globale des plans de secteur). Les éléments recensés doivent l’être uniquement sur base de critères esthétiques paysagers, évalués sur le terrain. L’inventaire de l’ADESA est basé sur la participation citoyenne : il est réalisé par des bénévoles locaux familiers des lieux.» [5]

ADESA définit un périmètre d’intérêt paysager (PIP) comme un périmètre qui regroupe ‘des espaces au sein desquels les éléments du paysage se disposent harmonieusement‘ [6]. L’appréciation se fait sur base de 6 critères : la profondeur de champ ou longueur de vue (champ de vision au moins sur 300m), la variété (nombre d’éléments ou d’ensemble d’éléments en présence), la dimension verticale (relief ou éléments verticaux), la présence de plans successifs (élément d’animation du paysage), l’harmonie (disposition équilibrée des objets et des couleurs) et la rareté. À noter que « les PIP de l’ADESA peuvent s’inscrire en zone d’habitat, ce qui n’était pas envisagé lors de l’élaboration des PIP PdS, limités aux zones rurales. » [5]

À ce jour, l’inventaire mené par ADESA n’a pas de valeur réglementaire mais une valeur documentaire.

Le périmètre d’intérêt paysager ADESA n°456 d’une superficie de 304 hectares est totalement inclus dans notre périmètre d’études. L’étude ADESA propose de “maintenir et étendre le PIP existant au superbe paysage qui entoure la ferme et la chapelle Sainte-Anne entourée par quatre magnifiques tilleuls classés. Ces deux éléments du paysage, qui se trouvent sur la ligne de crête séparant les bassins hydrographiques de la Vesdre (…) et de l’Ourthe (…), constituent avec les deux vallées encaissées situées de part et d’autre, un ensemble paysager remarquable, très bien préservé, parcouru par de nombreuses promenades fléchées. Seule la présence de plusieurs lignes haute tension est regrettable.” [7]

Figurant en hachurés, les périmètres d’intérêt paysager en région liégeoise – Source : ADESA

2004 : Patrimoine architectural et territoires de Wallonie. Tome sur Liège

Dans l’ouvrage publié par le Ministère de la Région wallonne en 2004, au sujet de l’inventaire du patrimoine, on peut lire dans le descriptif de Chênée que “Le vieux Chênée s’est implanté au confluent de l’Ourthe et de la Vesdre, dans une courbe et sur la rive droite de cette dernière. La présence de ces rivières aux berges partiellement naturelles, confère à la localité un caractère particulier. Ce site de vallée est entouré de collines, aux confins du Pays de Herve, séparées par le beau vallon du ruisseau du Fond de Neufcour. Les versants de ce vallon, occupés par des prairies et des bosquets de feuillus, sont encore très verts. (…) Sur les hauteurs subsistent des zones agrestes remarquablement bien préservées, qu’il conviendrait de protéger, même si à ce jour, elles figurent en zones vertes au plan de secteur. Les collines verdoyantes encadrant le fond de Neufcour en sont l’exemple le plus frappant, car elles offrent de remarquables vues sur la vallée de la Vesdre. » [8]

2007 : Les atlas des Paysages de Wallonie

Les pouvoirs publics ont pris conscience de la valeur de nos paysages et des menaces qui pèsent sur leur évolution. C’est ainsi que la Convention européenne du paysage, adoptée à Florence en 2000 et ratifiée par la Région wallonne en 2001, vise à protéger, aménager et gérer les paysages européens. Pour ce faire, divers outils et recommandations sont proposés. Parmi ceux-ci, on peut relever la nécessité de connaître et de sensibiliser aux paysages.

C’est l’objectif des Atlas des Paysages de Wallonie, collection qui couvre toute la Wallonie. Ces Atlas des Paysages de Wallonie sont conçus comme des outils de connaissance, de sensibilisation et de gestion. Abondamment illustrés, ils sont accessibles à un large public, depuis le simple citoyen curieux ou amoureux de sa région jusqu’aux décideurs politiques, en passant par les acteurs associatifs.

Paru en 2007, le premier Atlas de la Conférence Permanente du Développement Territorial (CPDT), consacré à l’Entre-Vesdre-et-Meuse indique en page 217 : “l’enclave verte de Beyne-Heusay et Chèvremont, majoritairement non-constructible constitue un espace de respiration entre des zones densément bâties de l’agglomération liégeoise. Le relief y est très vallonné et les prairies alternent avec les boisements” ; et en page 223, le chapitre consacré aux objectifs paysagers relève la nécessité de “maintenir la structure paysagère spécifique”.

Conclusion

Ce voyage à travers le temps nous a montré que le Parc du Ry-Ponet a bénéficié de plusieurs reconnaissances quant à ses qualités paysagères. L’étude la plus étoffée à ce jour est celle réalisée par l’ASBL ADESA. Si l’on peut regretter qu’elle n’ait à ce jour qu’une valeur documentaire, et pas réglementaire, on peut se féliciter de sa qualité. Nous consacrons quelques pages à la passer en revue avec vous.


[1] « Au sommet du plateau dominant les vallées de la Vesdre et de la Meuse, entouré de quatre tilleuls classés, édifice en calcaire de la fin du XIXe s. portant l’inscription « Sainte-Anne. 1889» et abritant, derrière une grille en fer forgé, une potale : sur haut socle mouluré et daté de 1794, niche en bâtière creusée et grillagée renfermant jadis la statue de Sainte-Anne d’Auray » Notice extraite de l’inventaire du patrimoine immobilier culturel (IPIC).

[2] COLLARD, J. (1961). Inventaire des sites de la Province de Liège. Survey National. Administration de l’Urbanisme et de l’Aménagement du Territoire.

[3] « De toutes parts aujourd’hui, tant du côté des hommes de sciences que des esthètes, des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour réclamer des pouvoirs publics une action efficace en faveur de la protection de la nature en général, et plus spécialement au profit de la sauvegarde des sites et paysages dignes d’intérêt au point de vue scientifique, esthétique et culturel. » extrait de [2].

[4] CoDT, article D.II.21. § 2. Le plan peut comporter, en surimpression aux affectations du territoire précitées, des périmètres de protection : 1° de point de vue remarquable ; 2° de liaison écologique ; 3° d’intérêt paysager ; 4° d’intérêt culturel, historique ou esthétique.

[5] CPDT, LEPUR, FUSAGx, MRW. (2006). Fiche de présentation des périmètres d’intérêt paysager : Wallonie.

[6] Convention Région Wallonne – asbl ADESA. (2003). Analyse du paysage et périmètres d’intérêt paysager. Note introductive.

[7] Convention Région Wallonne – asbl ADESA. (2004). Analyse paysagère du plan de secteur de LIÈGE.

[8] Liège. Patrimoine architectural et territoires de Wallonie, 2004, pp. 45-48


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