Dans le cadre de son mémoire en vue de l’obtention du master en biologie des organismes et écologie, à finalité spécialisée en biologie de la conservation : biodiversité et gestion à la Faculté des Sciences de l’Université de Liège, Xavier Zeevaert a évalué la qualité écologique des cours d’eau du Ry-Ponet, sous la supervision des Dr Caparros Megido et Benitez et avec l’aide de Joachim Carpentier.

Pourquoi étudier les ruisseaux du Ry-Ponet ?
Les petits cours d’eau du Ry-Ponet jouent un rôle clé pour la biodiversité locale et pour la qualité de l’eau qui rejoint la Vesdre, puis la Meuse. Ils ont pourtant été fortement modifiés par l’urbanisation, les anciennes activités industrielles et divers rejets d’eaux usées. Le mémoire de Xavier Zeevaert est la première étude systématique de leur vie aquatique et de leur état écologique.


Ce qui a été analysé
Deux ruisseaux ont été étudiés : le Ry-Ponet au nord du site et le ruisseau du Bois-de-Beyne au sud.

Sur chacun, l’étude a porté sur :
- Les communautés d’invertébrés vivant sur le fond (larves d’insectes, vers, petits crustacés, mollusques), utilisés comme indicateurs biologiques.
- Les poissons, grâce à des pêches électriques ciblées.
- La qualité physico‑chimique de l’eau (température, oxygène, pH, sels dissous, nitrates, phosphates).
Ces invertébrés benthiques sont de bons indicateurs de l’état des rivières : certains ne survivent que dans une eau propre et bien oxygénée, d’autres supportent des conditions dégradées.
Un diagnostic contrasté entre les deux ruisseaux
Le Ry-Ponet a un potentiel écologique en amont et une dégradation en aval.
Le Ry-Ponet présente 33 groupes d’invertébrés différents, avec une diversité plus élevée dans sa partie amont, en forêt, loin des rejets.
- L’eau y est bien oxygénée, avec une minéralisation modérée et un pH légèrement basique.
- On y retrouve des groupes sensibles à la pollution, comme le genre Electrogena, signe d’un milieu encore de bonne qualité localement.









En aval de l’ancienne décharge du Sart‑Moray et du complexe sportif, les indicateurs se dégradent nettement :
- La conductivité augmente, traduisant des apports importants en sels dissous (nitrates, phosphates, etc.).
- Les communautés d’invertébrés se simplifient et sont dominées par des groupes tolérants à la pollution organique (Chironomidae, vers, etc.), tandis que les groupes les plus sensibles disparaissent.

Une pêche électrique n’a permis de capturer que 10 poissons, tous en aval des étangs (gardon, goujon, perche, rotengle), des espèces banales et assez tolérantes. Leur absence ailleurs semble liée à la fois aux obstacles à la circulation (tronçons enterrés, barrières physiques) et à la qualité de l’eau.




Le ruisseau du Bois-de-Beyne montre une pollution organique marquée.
Le ruisseau du Bois de Beyne est fortement soumis à des rejets d’eaux usées en aval de la carrière de Rétinne.
- La conductivité y atteint des valeurs très élevées, au‑delà de ce qu’on attend dans des eaux naturelles.
- Les concentrations en nitrates et surtout en phosphates sont importantes, en particulier dans la partie amont, ce qui contribue à appauvrir l’oxygène disponible.

Sur le plan biologique :
- Le nombre de groupes différents est plus faible que dans le Ry‑Ponet.
- 96 % des individus appartiennent à quatre groupes très tolérants (Chironomidae, vers, Simulies…), ce qui traduit un milieu fortement perturbé.
- Les quelques groupes un peu plus sensibles ne se retrouvent que tout en aval, où les processus naturels d’auto‑épuration ont déjà atténué l’impact des rejets.
Aucun poisson n’a été capturé lors des pêches électriques sur ce ruisseau, ce qui s’explique par la combinaison de conditions physico‑chimiques défavorables (faible oxygène, excès de nutriments) et d’obstacles empêchant la remontée depuis la Vesdre.
Enjeux pour le site et pistes d’action
Les indices de diversité, les rapports entre espèces sensibles et tolérantes, ainsi que l’analyse SPEAR (pressions chimiques) convergent vers un diagnostic de qualité écologique moyenne à mauvaise dans les tronçons exposés aux rejets domestiques. Le Ry‑Ponet conserve néanmoins un potentiel écologique réel en amont, alors que le Bois de Beyne est beaucoup plus dégradé sur l’essentiel de son cours.
Malgré ces pressions, les ruisseaux restent intéressants pour la biodiversité : on y trouve notamment la salamandre terrestre, le triton alpestre et la grenouille rousse, espèces à forte valeur patrimoniale en Wallonie.



L’étude propose plusieurs axes d’action pour restaurer ces milieux :
Réduire les apports d’eaux usées et clarifier le fonctionnement du réseau d’égouttage, surtout sur le Bois de Beyne.
- Mieux documenter l’impact de l’ancienne décharge du Sart‑Moray sur le Ry‑Ponet et, au besoin, intervenir sur les sources de pollution résiduelle.
- Restaurer la continuité écologique (obstacles, tronçons enterrés) afin de permettre à nouveau la circulation des poissons.
- Créer et protéger des zones humides connectées aux ruisseaux, à la fois pour la biodiversité et pour limiter le risque d’inondations en aval.
Cet article a été rédigé par le Docteur Rudy Caparros Megido et Joachim Carpentier.
